The NIGHT OF SNOW

 
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de MAUPASSANT

 
5 August 1850 – 6 July 1893
 
 

 

  The large plain is white, motionless and without voice.
Not a noise, not a sound; any life is extinct.

But one hears sometimes, like a dull complaint,
Some dog without shelter which howls with the corner of a wood.

More songs in the air, under our feet more thatches.
The winter fell down on any flowering;
Stripped trees draw up at the horizon
Their skeletons bleached as well as phantoms.

The moon is broad and pale and seems to hasten.
It would be said that it cold in the large austere sky.
Of its dull glance she traverses the ground,
And, seeing any desert, hastens to leave us.

And cold on us the rays fall which it darts,
Fantastic gleams that it from goes away sowing;
And snow lights with far, sinisterly,
With the strange reflections of clearness blafarde.

Oh! the terrible night for the small birds!
A frozen wind shivers and runs by the alleys;
Them, not having more shaded asylum of the cradles,
Cannot sleep on their cold legs.

In the large naked trees which the glaze covers
They are, all there trembling, without anything which protects them;
Of their anxious eye they look at snow,

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